Larme Ultime – Le dernier chant d’amour sur cette petite planète.

Saishū heiki kanojo (最終兵器彼女) – Larme Ultime

Synopsis : Shûji et Chisé fréquentent la même école dans une petite ville d’Hokkaido. Malgré sa grande timidité, Chisé trouve un jour le courage d’avouer ses sentiments à Shûji et ils finissent par sortir ensemble. Mais leur maladroite et touchante histoire d’amour va prendre une tournure inattendue lorsque le pays se retrouve en guerre et que Shûji découvre que l’armée a transformé sa petite amie en une arme de destruction massive.

La technologie telle qu’on la connait aujourd’hui est indisponible : ni les téléphones portables ni internet ne sont utilisables. Le seul lien avec le monde extérieur passe par la TV. Shûji et Chisé décident de sortir ensemble et s’écrivent un journal.

L’armée est omniprésente dans la série, dès le premier épisode Shûji et Chisé croisent deux camions militaires en se rendant en cours. Alors qu’ils se reposent sur le toit de leur lycée, Shûji et ses amis voient des F2 passer dans le ciel. Faute de technologie, Take évoque les rumeurs qu’il a entendu : d’après elle Osaka et Tokyo sont en danger.

Sapporo est bombardée alors que Shûji et ses amis vont faire les boutiques. Chisé n’est pas venu au rendez-vous de Shûji. On apprend que Chisé est en fait l’Arme Ultime et détruis une grande partie des avions ennemis avant de s’écraser. Shûji la retrouve et l’enlace malgré son apparence robotique. Elle n’était déjà plus vraiment humaine.

Face à une menace ennemie de grande envergure, le Japon décide ici de créer « l’Arme Ultime » une arme indestructible, omnisciente et hyper efficace. Cette arme fait écho aux travaux de Von Neumann qui avec l’élaboration de système SAGE qui se veut intelligent cherchait à actualisé, comparer et produire une information, une communication. Ce concept d’omniscience est repris pour Chise et couplé à une arme de destruction massive.

« Quand j’ai enlacé Chisé ce jour-là, son cœur … ne battait pas. »

Une semaine s’est écoulée depuis le bombardement de Sapporo. 47800 morts. 66300 disparus. Take a péri dans le bombardement.

Chisé ne comprend pas pourquoi elle a été choisie pour être l’Arme Ultime et en parle dans son journal qu’elle tient avec Shûji. Elle se demande si c’est une punition. Elle n’a pas le droit d’en parler, c’est un secret. Chisé grandit de plus en plus au fur et à mesure qu’elle combat.

Chisé devient de plus en plus précise et détecte la présence d’appareils qui la surveillent pour la détruire. Ses indications sont de plus en plus précises : « Là, à une heure à 300 m environ. » – « Position actuelle de l’ennemi : 43° 11’14.8 Nord ; 140° 59’45.1 Est ». Chisé détruit les appareils qui la traquaient, elle doit faire face aux horreurs de la guerre alors qu’elle n’est qu’une adolescente. Elle a entre ses mains le destin des ennemis. Elle est dépassée par tous ces événements. « Les armes qui ne tuent pas n’existent pas Shû-chan. Est-ce qu’il vaudrait mieux que je meure ? »

Cette exactitude dans les messages que Chisé transmet fait référence au « pilotage des messages et à leur efficacité » comme l’indique Wiener dans sa théorie de la cybernétique. Tout est automatisé, elle analyse les trajectoires des ennemis et de leurs missiles et prévoit leur déplacements comme dans le système de DCA que Wiener aura proposé avec Rosenblueth et Bigelow qui pouvait prévoir la trajectoire d’un avion et le comportement d’un pilote.

Alors que Chisé et Shûji veulent fuir, Chisé reçoit un message sur le bipper que lui a confié l’armée. Elle se rend à Osaka et ne se rend pas au rendez-vous que Shûji lui a donné à la gare. Elle est endommagée lors de ce combat.

« Mon corps ne redeviendra pas comme avant. Pour être précise il ne le peut plus. Le jour où tu as parlé de fuir, le jour où je n’ai pas tenu ma promesse, j’ai été cassée. Le mécanicien qui m’a réparée m’a dit que je ne guérirai jamais. »

Chisé perd de plus en plus de son humanité. Elle oscille entre arme et humaine. Shûji s’interroge sur ce qu’elle va devenir : « Chisé était en fait tristement froide au contact. » – « A quel point était-elle encore humaine ? ». Chisé n’est pas infaillible : « En tant que machine j’ai besoin de maintenance. En tant qu’humaine j’ai besoin de médicaments. »

Alors que Chisé se rend à un rendez-vous avec Shûji, les soldats de sa section sont tous tués à l’exception de Tetsu. Alors qu’elle se demande où est Shûji, elle se connecte automatiquement à un satellite et le repère chez son amour de collège qui était son aînée.

Les événements se bousculent : un tremblement de terre tue l’amie d’enfance de Shûji. Atsushi, un des amis de Shûji qui est parti à la guerre meurt alors que Chisé intervient sur le champ de bataille. Tetsu meurt sur un assaut des ennemis.

On voit ici les limites de l’intelligence artificielle envisagée par Alan Turing. Est-ce qu’une machine dotée de conscience n’est pas au final capable de détruire l’humanité pour le « bien » du reste du monde. La réflexion de Shin Takashi dans l’Arme Ultime rappelle également le film l’Odyssée de l’Espace où l’instance robotique veut éliminer l’humain, imparfait.

Suite à ça, Chisé et Shûji se retrouvent et décident de fuir. Chisé n’en a plus pour très longtemps : les médicaments qui la maintiennent sous forme humaine sont rares et ce sont les derniers qui sont confiés à Shûji. Ils se réfugient dans une ville portuaire et un bombardement a lieu 15 jours après leur arrivée. Shûji empêche Chisé de combattre en l’enlaçant ce qui la ramène à la raison.

Au même titre que plus tôt dans l’article, Chisé « s’automatise » de plus en plus, et en référence à la théorie de la cybernétique de Wiener, elle devient de plus en plus incontrôlable et se guide toute seule.

« Chisé n’a plus de voix. J’entends Chisé vivre »

Tout est dévasté, il ne reste que des ruines de la ville. Après avoir pris ses derniers médicaments, Chisé perd peu à peu son humanité. Elle arrête d’écrire dans le journal, elle perd sa voix, et fait des « crises » où l’arme tente de prendre le dessus sur l’humaine. Finalement Shûji se décide à rendre Chisé à l’armée.

Elle a tout oublié, mais s’est programmée pour déposer les journaux qu’elle a rédigé à l’endroit où elle et Shûji se sont embrassés la première fois. Alors qu’il retrouve les journaux et les lis, Shûji est observé par l’arme Chisé. « J’ai écouté la voix muette de Chisé me raconter la fin de l’Humanité ». Elle avait consigné tout ce qu’elle a pu voir lors de la guerre dans ces journaux, et y raconte comment la Terre va disparaître.

Shûji et Chisé affrontent la fin du monde ensemble.

« Le dernier son vibrant sur Terre c’était, pour moi, un battement de cœur de Chisé »

Le Chateau dans le Ciel : La technique ne peut effacer la dépendance de l’homme à la nature


Synopsis 

Le Château dans le ciel, première réalisation de Hayao Miyazaki avec les studios Ghibli, raconte l’histoire de la jeune Sheeta, prisonnière d’une bande de militaire, elle tombe du dirigeable dans lequel elle était retenue lorsque celui-ci est attaqué par des pirates. Sa chute est ralentie avant qu’elle touche le sol grâce à la pierre qu’elle porte autour du cou et elle atterrit dans les bras de Pazu, un jeune homme qui travaille dans une cité minière. Alors que Pazu raconte à Sheeta qu’il recherche la légendaire ville volante de Laputa, symbole d’une civilisation utopique remplie de pureté et de nature toute puissante mais qui aurait disparu, la jeune fille lui confie qu’elle est descendante de la famille royale de cette cité légendaire et que des militaires sont à sa recherche car elle seule et la pierre qu’elle porte peuvent les conduire à Laputa.

Pazu se retrouve engagé, au côté de Sheeta dans une course poursuite effrénée et alors que Sheeta se retrouve à nouveau prisonnière des militaires et se résigne à les aider, Pazu part avec les pirates pour tenter de secourir la jeune fille.

Ils finissent pas découvrir, ensemble, Laputa et il s’en suit une lutte pour sauver la cité volante car Muska, membre de la famille royale également, qui s’est associé aux militaires, met tout en œuvre pour devenir le maître de ce château dans le ciel.

Descartes disait dans son Discours de la méthode : « La technique nous rend comme maître et possesseur de la nature »  mais ce que l’on va pouvoir observer dans cette étude du Château dans le Ciel, et par la légende de Laputa, c’est que, peu importe les moyens techniques que l’homme utilisera et les prouesses technologiques qu’il réalisera, il ne pourra jamais posséder la nature ou la maitriser car il ne peut pas vivre sans, il en est dépendant.

Il faut d’abord remarquer que la cité de Laputa, apparaît comme un îlot dans le ciel. Il est difficile de la trouver, seule la pierre que Sheeta porte autour du cou et l’utilisation d’une formule secrète qu’elle seule connaît permet de repérer ce château dans le ciel. De plus, pour atteindre Laputa, il faut traverser d’épais nuages, elle apparaît ainsi comme une sorte d’Atlantide perdue non plus au fond de l’océan mais dans le ciel. L’idée de l’île rappelle les réflexions de Thomas More sur l’Utopia, une île coupée du reste du monde, des autres territoires, ne pouvant ainsi être corrompue ; ici, l’île est protégée par les nuages et sans gouvernement déterminé. La fascination de Pazu pour Laputa qu’il veut absolument trouver révèle le caractère presque idyllique que  prend l’île volante. Pour les deux enfants, Laputa est une sorte d’« île aux trésors ». Pourtant, on apprend que ce château dans le ciel est maintenu en orbite par des forces physiques terrifiantes et que son empire de mort dominait autrefois la Terre.  Mais le film montre finalement que Laputa, prouesse technologique, créée de toute pièce par les hommes  a été abandonnée par  ces derniers et la cité que découvrent les deux enfants a été envahie par la nature. Elle n’en reste pas moins majestueuse, au contraire, sa beauté sauvage donne l’impression d’un endroit n’ayant jamais été touché par la main de l’homme alors que c’est ce dernier qui l’a pourtant créé.

Découverte de Laputa

La technologie est le point central du film et apparaît sous deux nombreuses formes. Dès le départ l’attaque du dirigeable par les pirates mets en scène deux machines volantes. Le générique, par exemple, est particulièrement significatif de cette présence de la technologie ; des roues qui tournent, de la fumée qui s’échappent des usines, des dirigeables dans le ciel et plus largement une multitude d’engins volants.

Générique du Chateau dans le Ciel

Cette présence de « machines volantes » dans tout le film avec le Goliath, le « Flaptère » des pirates, est particulièrement caractéristique de Miyazaki qui est passionné d’aéronautique.

Mais la technologie ne se retrouve pas seulement à travers les engins volants, les robots également sont représentatifs de la technologie. Ces derniers évoquent d’ailleurs dans leurs mouvements, le « Grand Automate » du film d’animation français Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault, une machine gigantesque construite par le roi et symbole de sa puissance.  Il est détourné par l’oiseau qui en fait une machine de destruction monstrueuse.

Le Grand Automate du film « Le roi et l’oiseau »

Les robots dans le film sont présentés sous deux formes différentes ; d’un côté le « soldat robot » dans toute sa puissance, presque invincible lorsqu’il est attaqué de tous cotés dans la base militaire, fruit de la création humaine, destiné à combattre et à être combattu. Il possède des pouvoirs au delà de l’entendement mais c’est aussi lui qui a permis aux gens sur terre de croire en l’existence de Laputa en tombant du ciel. Cette image du robot menaçant fait peu à peu place à l’image d’un protecteur lorsqu’il tente d’aider Sheeta en haut de la tour. Et cette image du robot protecteur se poursuit à l’arrivée sur Laputa, lors de la rencontre des deux enfants avec le « robot jardinier ». Le geste qu’il fait pour sauver les œufs est d’ailleurs particulièrement révèlateur, Il incarne le symbole de l’utilisation la plus noble possible de la technologie : protéger la vie.

Le robot jardinier de Laputa

La technologie n’est plus comme dans Nausicaä une histoire de guerre ou d’industrie mais elle apparaît comme un objet de fascination, surtout dans les propos de Pazu : « Une automobile c’est vraiment génial ! », « Les machines volantes font des progrès incroyables de nos jours ». L’enfant y voit le jeu, la découverte alors que l’adulte y voit le pouvoir et la fortune sans jamais mesurer les conséquences de leurs actes. Ce rêve de puissance apparaît sous les traits de Muska qui incarne tout ce que l’humanité a de plus vil et par l’image des militaires sans foi qui pillent tout sur leur passage en arrivant sur Laputa. La référence à Swift et aux Voyages de Gulliver est, par ailleurs, explicitement annoncée dans le film : Pazu à Sheeta : « Regarde, dans Les Voyages de Gulliver, Swift a décrit un pays imaginaire, une île volante qui s’appelle Laputa. » En effet, dans l’œuvre de Swift, Laputa est une île volante où les hommes, en abusant de la philosophie spéculative, ont perdu tout sens commun. Swift critique également dans ce passage des Voyages de Gulliver, les scientifiques qui veulent faire profiter le peuple de leurs innovations, contre son gré parfois, et qui ne voient pas que, bien souvent, leurs innovations conduisent les hommes à leur perte. Source  

Finalement, Laputa peut apparaître comme une métaphore de notre société. La place grandissante faite à la technologie nous éloigne petit à petit de la terre, du sol sur lequel nous vivons et de la nature. Et en effet, Laputa, est une cité volante construite par des hommes dans le but d’échapper aux conflits présents à la surface de la terre et qui, la dotant  d’un incroyable arsenal de guerre, sont devenus les maîtres du monde. Pourtant, sept siècles plus tard, les Laputiens ont désertés leur île pour retrouver la terre ferme; Sheeta l’explique :  « Pourquoi Laputa a été détruite ? Je ne le sais que trop bien : Il y a une chanson dans la vallée de Gondoa qui dit: « Il nous faut des racines dans la Terre. Vivons avec le vent. Avec les semences, fertilisons l’hiver. Avec les oiseaux, chantons le printemps ». Qu’importe le nombre d’armes que vous ayez, ou combien de pauvres robots vous utiliserez, vous ne pourrez pas vivre séparé de la terre nourricière! » “Personne ne peut survivre loin de la terre”.

Le film de Miyazaki donne une place importante à la nature, elle est finalement ce qui demeure lorsque toute humanité à disparu. Dans le film, le symbole de la cohabitation du robot avec la faune et la flore qui ont envahi Laputa est particulièrement fort. Le robot, image même de la technique, vivant en paix dans cette nature indomptable peut montrer que peut importe à quel point la technologie se développe et devient de plus en plus performante, la nature continue d’exister, et ne disparaîtra jamais. L’arbre géant de Laputa qui demeure même après l’explosion de l’île est le symbole même de cette force régénératrice de la nature.

L’arbre géant de Laputa

Le Château dans le Ciel n’est pas un film contre la technologie  car il montre qu’elle n’a pas que des travers mais contre la foi  que l’humanité peut avoir en elle ; et c’est cette foi qui est destructrice. La technique ne peut résoudre tous les problèmes et surtout, elle ne peut se substituer au lien originel que l’homme a avec la nature. Et comme le montre la légende de Laputa, vivre dans un monde composé uniquement de technologie ne peut durer qu’un temps, la nature retrouve toujours ses droits. Néanmoins, à ce triste tableau qui semble dépeindre ce que l’avenir pourrait nous réserver si notre fascination pour la technique ne diminue pas, s’ajoute une note d’espoir à travers les personnages de Pazu et Sheeta. Les deux enfants représentent les générations futures, qui, dans l’idéal, seraient détachées de cette confiance aveugle en la technologie, plus proches de la nature et certainement plus respectueuses de l’environnement.

Pazu et Sheeta

Source 

Ghost in the shell : les cyborgs successeurs des humains

Synopsis :  Dans un Japon futuriste régi par l’Internet, le major Motoko Kusunagi, une femme cyborg ultra-perfectionnée, est hantée par des interrogations ontologiques. Elle appartient, malgré elle, à une cyber-police musclée dotée de moyens quasi-illimités pour lutter contre le crime informatique.

Le jour où sa section retrouve la trace du ‘Puppet Master‘, un hacker mystérieux et légendaire dont l’identité reste totalement inconnue, la jeune femme se met en tète de pénétrer le corps de celui-ci et d’en analyser le ghost dans l’espoir d’y trouver les réponses à ses propres questions existentielles…  (source)

Le film d’animation Ghost in the shell  (1995) par Mamuro Oshii se déroule dans un univers futuriste  où, selon la séquence introductive « « (…) les réseaux informatiques quadrilleront l’univers». Au cours du film on découvre que dans ce monde certains humains ont été «améliorés » par des moyens techniques jusqu’à, parfois, ne posséder plus que quelques cellules humaines dans leur corps. Ils sont appelés « cyborgs » et, malgré un cerveau artificiel,  ils possèdent, en général sous une forme chétive, ce qu’on pourrait assimiler à une conscience ou une âme humaine : un « ghost ».

Ghost in the shell présente différents points de ressemblance entre hommes et cyborgs permis par la technique et comment les premiers pourraient être ainsi remplacés par les seconds.

Dès  les premières minutes du film on fait la connaissance du Major Kusanagi, une cyborg. Elle semble humaine mais a une sorte de prise sur la nuque où sont branchés des câbles la reliant au réseau informatique, lui permettant ainsi de communiquer avec son unité. De plus, elle n’a pas de sexe, possède une vision améliorée (zoom et infrarouge) et quand elle se jette du toit la tôle se plie sous son poids, apparemment très lourd. Après son intervention armée, elle devient invisible.

Cette ressemblance physique avec une humaine est appuyée par la séquence d’ouverture/de générique, à partir de 4minutes, où on assiste à la fabrication et « naissance » de Makoto Kusanagi. Dans des sortes de bassins, des couches successives sont appliquées sur le « squelette » contenant, au niveau du crâne, un cerveau artificiel (on apprendra par la suite que chez le Major il contient des cellules humaines). On distingue des muscles, puis de la « peau » dont la partie supérieure se dissout pour laisser transparaitre l’aspect humain du cyborg. La comparaison avec une naissance est effectuée par la position fœtale que prend le cyborg avant de sortir de l’eau et d’ouvrir les yeux.

Les personnages cyborgs, dans l’univers de Ghost in the Shell, ne paraissent pas se différencier des humains. En effet, ils se comportent comme des humains, sont traités comme tels et sont capables de penser de la même façon. Ceci se rapproche de l’expérience de Turing au début du XXe siècle durant laquelle un interlocuteur est confronté verbalement, à l’aveugle, à un homme et un ordinateur. Le but étant de définir s’il s’adresse à l’un ou à l’autre.

Cependant, le savant n’ira jamais jusqu’à dire que l’ordinateur confondu avec l’humain est doté d’une conscience.

C’est pourtant le cas de l’entité appelée « Puppet Master »,au départ projet informatique, il a pris conscience de son existence et a cherché à s’enfuir. On peut voir ci-dessous (à partir de 2’18la scène où il explique qui il est et en quoi il se considère comme une forme de vie.

Elle amène deux points majeurs de ressemblance avec l’humain : la conscience de soi chez et la capacité à procréer.                                              Dans un premier temps, seuls les cyborgs ayant conservé un minimum de cellules humaines possèdent un « ghost ». Mais celui-ci, comme son nom l’indique existe mais est invisible. La question est : un cerveau totalement artificiel peut il créer de lui même une conscience ? Apparemment oui, du moins,  en ce qui concerne le projet 2501 : dans l’extrait ci-dessus, le cyborg « vide » se meut par elle même et la voix de sa conscience/âme passe par tous les canaux de communication du bâtiment.

Dans un second temps, le « Puppet Master » se dit forme de de vie mais de manière incomplète, en effet, il lui manque des processus de base de la vie: la reproduction et la mort. Autrement dit, il veut créer avec une autre entité, ici le cyborg Motoko, non une copie mais bien quelqu’un/chose d’original.

Il a choisi le major car elle est particulière. Au cours d’une scène (32’25), son « ghost » se manifeste au plus grand étonnement de son compagnon Botou et  exprime son « sentiment » d’être « confinée et limitée dans son évolution ».                                                                Néanmoins ce processus de création n’est pas identique à ce qui se passe chez les humains. On pourrait dire qu’il suit le principe « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». En effet, à l’issue de leur fusion, ni l’entité « Projet 2501 », ni Motoko Kusanaji n’existeront.

Mais leur « enfant » n’a pas la même définition qu’un bébé humain : c’est une nouvelle entité au sein de laquelle les deux « parents » ont déversé leurs caractéristiques qui se sont elles mêmes enrichies entre elles. En somme, le désir du Major s’est réalisé : elle est « grandie’, accède à encore plus de choses au sein du réseau et parle de sa propre voix.

« When I was a child, my speech, feelings, and thinking were all those of a child. Now that I am a man, I have no more use for childish ways. »

Princesse Mononoké : le combat entre Nature et technique

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Synopsis

L’histoire de Princesse Mononoké se déroule au Japon, durant l’ère Muromachi (1333-1568).  A cette époque, le pays est encore sauvage et couvert de forêts profondes, mais les progrès techniques bouleversent déjà l’équilibre écologique. L’ordre hiérarchique en place depuis des millénaires commence à s’effondrer.

Au nord de l’Archipel vit une tribu pacifique, les Emishi, dont le futur chef est le jeune prince Ashitaka. Le destin de ce dernier se trouve bouleversé lorsqu’un jour, un sanglier sauvage possédé par une divinité néfaste attaque son village. Obligé de mettre à mort la bête rendue folle par les démons, Ashitaka est blessé au bras et frappé d’une malédiction qui doit inévitablement entraîner sa mort.

Sur les conseils de la grande prêtresse, il quitte donc les siens et part vers l’Orient à la recherche du dieu-cerf qui, seul, pourrait le défaire du sortilège.Au bout d’un long voyage semé d’embûches, Ashitaka tombe enfin sur le vil-lage des Tatara, une communauté de forgerons dirigée par Lady Eboshi, une femme à poigne de fer. Retranchée dans sa forteresse, cette dernière accueille les femmes perdues et les paysans sans terre, qu’elle défend contre la nature et les clans voisins qui rêvent de l’anéantir. Mais Eboshi est également la cible de San, une jeune fille sauvage élevée par des loups, qui reproche aux Tatara de détruire la forêt dans le but d’alimenter leur forge en bois de combustion et d’étendre leur domaine. (source)

« Nous sommes venus tuer les humains pour sauver la forêt »


« C’était il y a bien longtemps, dans une contrée lointaine, jadis recouverte de forêt. En ce temps là l’esprit de la Nature veillait sur le monde sous la forme d’animaux gigantesques, Hommes et bêtes vivaient en harmonie. Mais les siècles passant l’équilibre se modifia, les rares forêts que l’Homme n’avait pas saccagées furent alors protégées par des animaux immenses qui obéissaient au grand esprit de la forêt. C’était le temps des dieux et le temps des démons. »

C’est sur ces mots que débute l’histoire de Princesse Mononoké. A partir de ces propos et de la suite du film, on peut annoncer la technique comme élément perturbateur de l’ordre établi et vecteur de violence. On retrouve d’ailleurs beaucoup plus de violence (feu, sang, membres tranchés, monstres…) que d’habitude dans cette fiction d’Hayao Miyazaki.

En effet, l’homme chercherait à dominer la Nature par la technique et ce pour servir ses propres intérêts. Il veut le pouvoir, la domination et est prêt à tout pour y parvenir.

« c’est le propre de l’homme de vouloir posséder tout ce qu’il y a entre ciel et terre » (le bonze).

Pour Descartes dans son Discours de la méthode, la science (et donc les techniques qui en découlent) doit nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature », le savoir doit nous permettre de pouvoir. La technique est là pour faciliter la vie de l’Homme, améliorer ses conditions de vie (santé, longévité), être le dominant et non pas le dominé. On considère alors la Nature comme une bête hostile, qu’il faut dresser, assujettir, pour pouvoir vivre plus sereinement. Effectivement, l’Homme est à la base un être « inférieur » si l’on en croit le mythe de Prométhée car contrairement aux autres espèces, l’Homme n’est pas équipé naturellement pour vivre dans la Nature. Par exemple il ne dispose pas de griffes, de fourrure, d’une ouïe fine ou d’une vue perçante qui lui permettrait de s’adapter à son milieu et de survivre. Il a fallu attendre qu’on lui fasse don du feu, et par celui-ci l’intelligence technicienne pour qu’il puisse prétendre à dominer la Nature.

Au fur et à mesure du développement de sa technique, l’Homme aurait rompu un équilibre, « l’équilibre naturel ». C’est ce que cherche à nous faire comprendre l’écologie, comme on peut le voir à travers le film HOME de Yann-Arthus Bertrand.

D’ailleurs dans Princesse Mononoké, Ashitaka cherche à retrouver « l’équilibre naturel ». Dans la situation initiale, tout le monde vivait sereinement jusqu’à ce que les Hommes aient soif de plus et commencent à détruire la Nature. Ici, ce sont des forges qui sont mises en cause. Le petit village des forgerons a besoin de plus de bois, et surtout d’extraire plus de minerai de fer afin de fabriquer des arquebuses. Paradoxe, les Hommes détruisent alors la Nature pour construire des armes et se détruire entre eux. Cela sous-entend que le développement technique mène surtout à la haine, la violence, la guerre à cause d’une soif de pouvoir et de conquête toujours plus grande qui finalement se retourne contre l’Homme, comme avec la bombe atomique.

arquebusiers

Les arquebusiers.

Mais la Nature, souvent perçue comme une instance supérieure (par exemple appelée « dame Nature »), exprime sa colère une fois blessée, comme si elle se défendait.

On peut transposer cela au présent, dans notre réalité où le progrès technique nous a menés à utiliser des outils polluants, causant alors, entre autres, l’effet de serre et donc le réchauffement climatique. Cette pollution entraîne des catastrophes naturelles (traduites en rébellions de la Nature) et détruit les écosystèmes. Les animaux s’adaptent à leur milieu, mais jusqu’à quel point ? Le réchauffement climatique et l’amoindrissement de leurs ressources, conséquences de l’empiétement de l’Homme sur leur territoire, causent la raréfaction voire la disparition de certaines espèces. On retrouve cette menace lorsque Okoto, le dieu sanglier dit : « chaque année nous devenons plus petits et plus bêtes, à cette allure là bientôt nous ne serons plus que gibier pour les humains ». Il constate une dégénérescence, les animaux sont plus petits et plus bêtes puisqu’ils possèdent moins de territoire, donc un terrain de chasse tronqué, ce qui à terme peut bouleverser la chaîne alimentaire. Ce danger est déjà bien présent dans la réalité comme le font remarquer certains scientifiques. Plusieurs espèces ont déjà vu leur taille s’amoindrir alors que d’autres ne sont pas touchées, les causes exactes sont toujours floues, bien que le réchauffement climatique et l’augmentation du taux de CO² dans l’atmosphère soient forcément mis en cause (source). 

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Pompoko,  » Exister, c’est résister « 

 »Tout progrès technique se paye  » /  »Le progrès technique soulève à chaque étape plus de problèmes qu’il n’en résout  »

 »Les effets néfastes du progrès technique sont inséparables des effets favorables  »/  »Tout progrès technique comporte un grand nombre d’effets imprévisibles  »

Voici les 4 premières parties du chapitre 1 tiré du livre  » Le bluff technologique  » de Jacques Ellul publié en 1988. Professeur d’histoire du droit, sociologue français et théologien protestant. Il est né 1912 et mort en 1994 dans l’agglomération bordelaise où il a vécu durant la majeure partie de sa vie. Il est surtout connu comme penseur de la technique et de l’aliénation au xxe siècle et est  l’auteur d’une soixantaine de livres (la plupart traduits à l’étranger, notamment aux États-Unis et en Corée du Sud) et de plusieurs centaines d’articles. Par ailleurs, il est perçu comme l’un des pionniers de l’écologie politique avec Charbonneau comme dans cet article.

Sur ces quelques citations et notre fil conducteur mettant en lien technique et destruction, nous allons analyser comment le film Pompoko de Isao Takahata dénoncent la technique comme arme contre la Nature et l’environnement. Ce thème a souvent été repris dans beaucoup d’autres oeuvres du Studio Ghibli comme Nausicaä et Princesse Mononoke.
Synopsis : Jusqu’au milieu du XXe siècle, les tanukis, emprunts d’habitudes frivoles, partageaient aisément leur espace vital avec les paysans. Leur existence était douce et paisible. Mais le gouvernement amorce la construction de la ville nouvelle de Tama. On commence à détruire fermes et forêts. Leur habitat devenu trop étroit, les tanukis jadis prospères et pacifistes se font la guerre, l’enjeu étant de conserver son bout de territoire. Efforts dérisoires car la forêt continue de disparaître… Les humains, avec qui ils ont appris à cohabiter, font preuve d’un expansionnisme inexpliqué. Les chefs de clans coordonnent la riposte. Un plan est établi sur cinq ans : le temps pour les animaux d’étudier les humains et de réveiller leur pouvoir de transformation. Il va falloir tenter d’effrayer les humains en évoquant peurs et superstitions. Les solutions les plus farfelues sont expérimentées… Source : AlloCiné

La bande-annonce du film illustre bien l’enjeu du film en montrant dès les premières secondes la pelleteuse géante dévorant les deux flancs de la colline pour construire de nouveaux logements. Pompoko se base sur des faits réels concernant le développement urbain de Tokyo puisque c’est dans les années 60 que l’agglomération de Tokyo se développe le plus grâce à ces 10% de croissance économique en moyenne par an.

En parallèle au thème de la destruction de la Nature, on peut constater qu’une destruction des traditions s’opèrent aussi à travers cette histoire.

  • Technique et destruction de la Nature

Avec la croissance économique, la demande en logements explosa à Tokyo dans les années 60. Pour répondre à ce besoin croissant, Tokyo lança en 1967 le projet de la Nouvelle ville de Tama : 3 000hectares de construction pour 30 000 personnes. Ce plan d’urbanisation va entrainer une déforestation importante. Dans Pompoko, ce phénomène est illustré grâce à une métaphore visuelle : une feuille dévorée inexorablement par des pelleteuses comme des parasites ( extrait vidéo ).

Ce phénomène quasi universel qu’est l’agrandissement des villes, le  » gigantisme » dans le monde capitaliste se fait pour atteindre un but plus élevé : la croissance. Peu importe les conséquences comme l’anéantissement du territoire des tanukis, les répercussions sur leur mode de vie ( accouplement, nourriture, etc ) et les réactions en chaîne qui en découlent. Dans les mythes japonais, les tanukis sont des animaux magiques puisqu’ils maitrise le grand Art de la transformation pour la plupart.

Dès les premières 5 minutes du film ( extrait vidéo ), on entre dans le vif du sujet. Les tanukis constatent avec stupeur que la montagne a été rasée et qu’ils vont devoir s’adapter pour survivre et/ou lutter pour préserver leur territoire ! On remarque que tout au long du film, la technique destructrice est symbolisée matériellement par la violence des pelleteuses sur le chantier.

Malgré le fait qu’ils soient pacifistes, les esprits de la nature décident de s’unir pour lutter contre les Hommes afin de préserver la forêt et leur peuple. Au début du film, on voit une guerre  entre les différents clans des tanukis mais dès qu’ils découvrent l’ampleur des dégâts réalisés par les Hommes, ils décident de lutter ensemble. Cependant, cette lutte est vaine car il s’agit d’un combat déséquilibré : la technique face à la nature.

La déforestation et la disparition de la montagne ne sont pas les seules conséquences comme évoquées précédemment. En effet, un tanuki habitant dans la forêt de Fujino cherche à comprendre d’où vient la terre polluée qui est déversée tous les jours dans leur rivière. En remontant jusqu’à la source, il comprend qu’il s’agit des travaux réalisés à plusieurs km de la forêt. On remarque avec cet exemple que tout est lié, nous vivons dans un éco-système et chaque acte de l’Homme a des conséquences beaucoup plus importantes que ce qu’il ne peut constater par lui-même au moment où il commet cet acte. Cette réaction en chaîne suggère le phénomène de l’effet papillon : une infime variation d’un élément peut s’amplifier progressivement, jusqu’à provoquer des changements énormes au bout d’un certain temps. Ce phénomène a d’abord été mis en avant pour la météorologie mais peut s’appliquer aussi à la société.

Si on se pose la question qui est le responsable de cette destruction contre la nature, que répondriez-vous ? Le capitalisme, les ouvriers, les promoteurs immobiliers, les politiques…tout le monde et personne à la fois comme l’explique Jacques Ellul dans cette vidéo sur le système technicien avec l’exemple d’un barrage qui cède. Les hommes sur le chantier ne se posent pas de questions, ils pensent surement à faire leur travail du mieux qu’ils peuvent et à régler des problèmes techniques comme l’explique Jacques Ellul dans cette interview. On ne se soucie que de notre tâche sans avoir une vision globale des conséquences directes et indirectes de nos actes car nous vivons dans un monde fragmenté. Par conséquent, la technique peut rendre l’Homme irresponsable s’il oublie le système global dans lequel il est et n’envisage pas les conséquences à court, moyen et long terme de ses actes.

  • Technique et destruction des traditions, valeurs

Comment est-ce que la Technique et les traditions pourraient cohabiter ensemble dans un même univers ? La Technique fait appel à la rationalité, au monde scientifique, elle se présente comme un avenir meilleur alors que la Tradition se base sur une pensée animiste, des croyances du passé, des coutumes sans prétendre à un progrès mais seulement à la préservation de valeurs.


Dans Pompoko, les tanukis utilisent la télévision pour se tenir informer des événements et tentent de faire prendre conscience aux Hommes l’importance des traditions via ce moyen de communication moderne via des journalistes qui souhaitent les interviewer. Ils souhaitent que la pensée animiste survive malgré l’évolution de la société, l’urbanisation et la recherche de rationalité par le monde scientifique. Cependant les Hommes sont complètement aveuglés par leur développement économique et urbain. Un créateur de parc d’attraction s’approprie même les illusions réalisés par les tanukis pour faire la promotion de son parc. On remarque là une critique des Hommes, toujours avide de succès, de richesse et qui oublient les valeurs essentielles comme le respect, la solidarité, les traditions, etc.

Dans les films d’animation japonais, les univers shintoïste et bouddhiste sont très explorés et de nombreux dieux, esprits sont représentés par des personnages. On ressent cette volonté d’allier nouvelles technologies tout en préservant une part de sacré.

Les tanukis font appel au sacré aussi pour faire peur aux hommes et faire croire que le lieu est hanté : fantômes, esprits, apparitions, etc. Mais malgré tous leurs efforts et l’aide des sages, les tanukis ne trouvent pas de solution pour préserver leur territoire et leurs traditions. La seule solution pour qu’ils survivent est de vivre dans le monde des Hommes en laissant les plus faibles qui ne peuvent pas se transformer. D’autres animaux polymorphes l’ont déjà fait comme les renards ( kitsune ) et ils conseillent aux tanukis de faire pareil. Cependant pour vivre en homme, il faut faire face aux réalités du capitalisme et trouver de l’argent pour survivre. À part le travail, les autres valeurs qu’ont connu les tanukis semblent bien loin dans le monde des Hommes.


Par ailleurs, ce qui me semble intéressant est de relier cela à ce que dit Jacques Ellul dans la seconde partie du système technicien. Il parle de l’abandon des traditions du Moyen-Âge avec les préceptes religieux qui obligeaient les Hommes à ne pas utiliser certains outils technique pour labourer la Terre. Les croyances religieuses permettaient un respect de la Nature et des traditions. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, ces valeurs ont disparues et avec elles le respect de coutumes qui nous permettait de préserver notre environnement sur le long terme. À partir du 15ème siècle il y a eu une remise en question des traditions par des découvertes scientifiques. De plus, la mondialisation et le capitalisme accentuent cela en définissant la technique comme élément de croissance, de développement pour les sociétés. Une course s’opère entre les différents pays et l’on a plus du tout de recul par rapport à la technique, à ses conséquences, son utilité. Le leitmotiv actuel est d’inventer de nouvelles technologies pour exister, avancer et concurrencer les autres.

Pour conclure, les tanukis tentent de s’adapter à ce nouveau monde comme ils peuvent soit sous forme humaine soit en restant sous leur apparence de tanukis. Dès qu’ils le peuvent, ils se retrouvent pour partager des moments de fête et préserver leurs coutumes tant bien que mal. La citation de Jacques Ellul  » Exister, c’est résister  » illustre bien à mon avis le combat perpétuel des tanukis à travers ce film.

Nausicaä, la dystopie de la technique

« Il ne suffit pas de changer le monde. En tout cas et d’ailleurs, nous le faisons sans que nous y soyons pour quelque chose. Nous devons interpréter ce changement, et le faire bien, pour le changer. Afin que le monde ne se change pas davantage sans nous et ne finisse pas par devenir un monde sans nous. » ANDERS, 1980, II, épigraphe.

Cette citation de Günther Anders me paraît très intéressante pour débuter notre réflexion sur la technique dans l’oeuvre du réalisateur Miyazaki. Günther Anders est un penseur et essayiste allemand, né en 1902 à Breslau et mort à Vienne en 1992. Il est surtout connu comme critique du développement de l’industrie nucléaire et sa réflexion sur le sens des techniques nouvelles de la guerre, qui menacent l’avenir de l’espèce humaine et de la Terre.

Tout au long de notre réflexion sur le film Nausicaä et sur les autres oeuvres qui seront analysées sur ce blog, nous allons nous interroger sur le lien entre technique et destruction. En quoi les artistes japonais, et le Studio Ghibli en particulier, présentent la technique comme une puissance destructrice ?

Pour comprendre notre réflexion sur le film Nausicaä réalisé par Hayao Miyazaki en 1984, revenons sur l’histoire de cette oeuvre.

Synopsis  : Mille ans après « les sept jours de feu » et l’effondrement de la grande civilisation industrielle, se répand sur les terres désolées le Fukaï : une forêt toxique peuplée d’insectes géants. L’étendue du Fukaï menace l’existence des survivants de la race humaine. La Vallée du Vent est un petit royaume protégé tant bien que mal des pollutions de la forêt par un vent marin. Sa princesse, Nausicaä, est une jeune fille caractérisée par une forte empathie pour toute forme de vie. Elle dédie son existence au bien-être de son peuple et cherche à comprendre le Fukaï. Un jour pourtant, la vie paisible de la Vallée va basculer dans le chaos… Source : Buta-Connection.net

Vous pouvez également découvrir la bande-annonce du film sur dailymotion et un résumé de l’histoire ici. Il faut savoir que Nausicaä de la vallée du vent est une bande dessinée et l’histoire développée est plus longue et plus complexe que dans le film d’animation.

La réflexion sur la technique est omniprésente dans ce film et nous allons l’analyser sous deux angles. Dans un premier temps, nous verrons en quoi la technique est source de destruction de la Nature puis dans un second temps, comment la technique conduit à la guerre et à la destruction des civilisations. Enfin, nous verrons en quoi le personnage de Nausicaä est une vision idéale de l’humain pour Miyazaki.

Technique et destruction de la Nature

Mille ans avant auparavant, la société industrielle a été anéantie par les Dieux Guerriers ont détruits le Monde durant les 7 jours de feux. C’est l’impact de la civilisation industrielle sur la Nature qui a conduit au chaos et à la naissance d’une nouvelle ère avec le Fukaï. Le Fukaï est la forêt toxique qui s’est développée sur la forêt saine et les spores menacent tous les peuples de la planète car si on les respire on peut en mourir.  On comprend alors qu’il y a eu un passage d’une ère industrielle et prospère à une ère polluée et dangereuse pour l’Homme.

Selon moi, les Dieux Guerriers représentent une sanction de la Nature contre les Hommes à cause de leur utilisation intensive de la Technique sans se soucier des conséquences. L’exploitation de la Terre pour augmenter la richesse a conduit le Monde à sa perte. C’est un peu une morale, un avertissement pour le monde actuel dans lequel nous vivons.

Mille ans après, les Hommes ont réussi à s’adapter à ce nouveau monde cependant les êtres vivants de cette forêt toxique, plantes et insectes, sont détestés par la majorité des peuples car ils sont synomynes de mort. Pour survivre, les humains sont contraints de porter des masques dans de nombreux endroits pour éviter de respirer des spores. Ils ont oublié que c’est à cause des erreurs du passé que le Fukaï est apparu. À présent, les Hommes sont tournés vers le futur et veulent à nouveau détruire la forêt pour pouvoir se développer.

J’aimerais faire un parallèle ici avec les centrales nucléaires et les catastrophes comme Tchernobyl et Fukushima. Malgré le fait que l’Homme ait connu des catastrophes importantes avec cette technologie et que nous soyons dans une société du risque comme l’explique Ulrich Beck, nous continuons dans cette voie. « Tous dans l’avion du nucléaire et la piste d’atterrissage n’est pas construite » -, Ulrich Beck utilise cette image pour parler du nucléaire, technologie que l’Homme ne contrôlera jamais totalement.

Le seul espoir d’une nouvelle ère pour les Hommes est lié à une prophétie : Vêtu d’une robe bleu, il descendra d’un champ d’or pour restaurer une fois encore l’alliance perdu avec la Nature et guider les hommes vers un monde de bonheur et de pureté. 

Le lien entre les Hommes et la Nature est indispensable pour le bonheur et le développement des civilisations. Nous ne pouvons pas survivre sans la Nature mais l’inverse est possible comme l’explique G. Anders dans la citation débutant cet article.

Par ailleurs, Nausicaä est la princesse du peuple de la Vallée du vent. Ce peuple vit en harmonie avec la Nature et est justement protégée par celle-ci. En effet, ce peuple est protégé grâce au vent et à la situation géographique de leur village. C’est un peu comme si cette civilisation méritait la protection contre le Fukaï grâce à leur mode de vie et leurs valeurs alors que d’autres peuples sont menacées soit par la Grande marée des Oomus et/ou par les spores toxiques.

Technique, Guerre et Civilisation

Tout au long du film, la technique est un outil de destruction entre les Hommes pour la conquête du pouvoir. Le peuple Pejitei découvre un des Dieu Guerrier, enfuit depuis mille ans sous terre. Il souhaite utiliser cette technologie, cette arme de destruction pour se défendre contre les autres peuples, voire les dominer et détruire le Fukaï. Cependant, cette arme va susciter des convoitises et le peuple Pejitei va être attaquée par une civilisation plus forte : les Torumekian. L’armée Torumekiane va écraser les Pejitei afin de détenir cette technologie de guerre.

On observe ici que la technique est un moyen pour acquérir une technologie devastatrice : le Dieu Guerrier. Le peuple Torumekian et surtout Kushana, fille de l’empereur souhaite reformer ce Dieu pour détruire la mer de décomposition. Cependant, si la mer en décomposition est attaquée, tous les insectes et les Oomus répliqueront ce qui entrainera la fin des Hommes. Peu importe les conséquences et si cela entraine la destruction de la Terre, Kushana aspire à une nouvelle ère et pense que les Hommes pourront à nouveau s’adapter. Il y a toujours la théorie qu’un monde meilleur n’est possible qu’en passant par un processus de destruction et de renaissance par la suite.

Les Hommes ne sont pas toujours divisés et en guerre durant l’histoire. Ils sont obligés de s’unir face au Fukaï, aux Oomus et aux insectes géants. Les techniques de lutte sont diverses : lance flamme pour tuer les spores, chars, avions de combats, etc. La technique a quasiment toujours pour but d’entrainer la destruction de quelque chose dans l’univers des Hommes alors que Nausicaä l’utilise au contraire pour dialoguer et sauver la Terre et la Nature. En effet, grâce à son planeur elle est aller de peuple en peuple pour les convaincre qu’une autre solution est possible.

Au-delà de la destruction de la Nature, un autre enjeu est au coeur de ce manga : la survie de la civilisation. Plus la forêt s’étend, plus la civilisation se réduit, et c’est l’Homme qui est toujours à l’origine du développement de la mer de Décomposition par ses actes irresponsables. Les humains ne comprennent pas qu’un équilibre est nécessaire car ils sont liés au milieu dans lequel ils vivent.

Nausicaä : La vision idéale de l’Homme

 » L’empathie sauvera le monde « . Voilà ce qui est inscrit dans la Gare de Strasbourg sur une affiche géante. Je n’ai jamais cherché à comprendre d’où venait ce message mais je trouve que cette phrase illustre parfaitement l’esprit de Nausicaä.

 « Ce qui fait la complexité de Nausicaä, c’est justement cette responsabilité qui pèse sur ses épaules. L’ensemble de ses actes concerne en première priorité l’avenir et l’intérêt de son clan, si petit soit-il, tandis que ses aspirations personnelles sont reléguées à l’arrière-plan. Il s’agit véritablement d’une forme d’aliénation, ni plus ni moins. L’envie m’était donc venue de me focaliser sur les tiraillements de cette jeune fille privée de sa liberté. (…) C’est sans doute de là que vient Nausicaä. »* explique Miyazaki.

Pour faire un portrait rapide de Nausicaä en quelques mots : fraicheur, innocence, curiosité, intelligence et combativité. Elle possède un don, celui de pouvoir communiquer avec les Oomus, les rois-insecte en japonais. Par ailleurs, elle maitrise sa technologie avec son planeur qui fonctionne en partie grâce au vent. Aujourd’hui, pouvons-nous vraiment dire que nous maitrisons toutes les technologies que nous utilisons ? Je ne le pense pas.

De plus, Nausicaä vit en totale harmonie avec les éléments de la Nature et surtout avec le vent. Pour sauver son peuple et la Terre, elle est prête au don de soi ultime : sa vie.

Pour aller plus loin, je vois dans ce personnage une critique de l’individualisme qui se développe dans les sociétés capitalistes. On constate de plus en plus une désolidarisation entre les individus ce qui nous empêche de trouver des solutions face aux enjeux actuels qu’ils soient politique, social, économique et écologique.

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