Le Chateau dans le Ciel : La technique ne peut effacer la dépendance de l’homme à la nature


Synopsis 

Le Château dans le ciel, première réalisation de Hayao Miyazaki avec les studios Ghibli, raconte l’histoire de la jeune Sheeta, prisonnière d’une bande de militaire, elle tombe du dirigeable dans lequel elle était retenue lorsque celui-ci est attaqué par des pirates. Sa chute est ralentie avant qu’elle touche le sol grâce à la pierre qu’elle porte autour du cou et elle atterrit dans les bras de Pazu, un jeune homme qui travaille dans une cité minière. Alors que Pazu raconte à Sheeta qu’il recherche la légendaire ville volante de Laputa, symbole d’une civilisation utopique remplie de pureté et de nature toute puissante mais qui aurait disparu, la jeune fille lui confie qu’elle est descendante de la famille royale de cette cité légendaire et que des militaires sont à sa recherche car elle seule et la pierre qu’elle porte peuvent les conduire à Laputa.

Pazu se retrouve engagé, au côté de Sheeta dans une course poursuite effrénée et alors que Sheeta se retrouve à nouveau prisonnière des militaires et se résigne à les aider, Pazu part avec les pirates pour tenter de secourir la jeune fille.

Ils finissent pas découvrir, ensemble, Laputa et il s’en suit une lutte pour sauver la cité volante car Muska, membre de la famille royale également, qui s’est associé aux militaires, met tout en œuvre pour devenir le maître de ce château dans le ciel.

Descartes disait dans son Discours de la méthode : « La technique nous rend comme maître et possesseur de la nature »  mais ce que l’on va pouvoir observer dans cette étude du Château dans le Ciel, et par la légende de Laputa, c’est que, peu importe les moyens techniques que l’homme utilisera et les prouesses technologiques qu’il réalisera, il ne pourra jamais posséder la nature ou la maitriser car il ne peut pas vivre sans, il en est dépendant.

Il faut d’abord remarquer que la cité de Laputa, apparaît comme un îlot dans le ciel. Il est difficile de la trouver, seule la pierre que Sheeta porte autour du cou et l’utilisation d’une formule secrète qu’elle seule connaît permet de repérer ce château dans le ciel. De plus, pour atteindre Laputa, il faut traverser d’épais nuages, elle apparaît ainsi comme une sorte d’Atlantide perdue non plus au fond de l’océan mais dans le ciel. L’idée de l’île rappelle les réflexions de Thomas More sur l’Utopia, une île coupée du reste du monde, des autres territoires, ne pouvant ainsi être corrompue ; ici, l’île est protégée par les nuages et sans gouvernement déterminé. La fascination de Pazu pour Laputa qu’il veut absolument trouver révèle le caractère presque idyllique que  prend l’île volante. Pour les deux enfants, Laputa est une sorte d’« île aux trésors ». Pourtant, on apprend que ce château dans le ciel est maintenu en orbite par des forces physiques terrifiantes et que son empire de mort dominait autrefois la Terre.  Mais le film montre finalement que Laputa, prouesse technologique, créée de toute pièce par les hommes  a été abandonnée par  ces derniers et la cité que découvrent les deux enfants a été envahie par la nature. Elle n’en reste pas moins majestueuse, au contraire, sa beauté sauvage donne l’impression d’un endroit n’ayant jamais été touché par la main de l’homme alors que c’est ce dernier qui l’a pourtant créé.

Découverte de Laputa

La technologie est le point central du film et apparaît sous deux nombreuses formes. Dès le départ l’attaque du dirigeable par les pirates mets en scène deux machines volantes. Le générique, par exemple, est particulièrement significatif de cette présence de la technologie ; des roues qui tournent, de la fumée qui s’échappent des usines, des dirigeables dans le ciel et plus largement une multitude d’engins volants.

Générique du Chateau dans le Ciel

Cette présence de « machines volantes » dans tout le film avec le Goliath, le « Flaptère » des pirates, est particulièrement caractéristique de Miyazaki qui est passionné d’aéronautique.

Mais la technologie ne se retrouve pas seulement à travers les engins volants, les robots également sont représentatifs de la technologie. Ces derniers évoquent d’ailleurs dans leurs mouvements, le « Grand Automate » du film d’animation français Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault, une machine gigantesque construite par le roi et symbole de sa puissance.  Il est détourné par l’oiseau qui en fait une machine de destruction monstrueuse.

Le Grand Automate du film « Le roi et l’oiseau »

Les robots dans le film sont présentés sous deux formes différentes ; d’un côté le « soldat robot » dans toute sa puissance, presque invincible lorsqu’il est attaqué de tous cotés dans la base militaire, fruit de la création humaine, destiné à combattre et à être combattu. Il possède des pouvoirs au delà de l’entendement mais c’est aussi lui qui a permis aux gens sur terre de croire en l’existence de Laputa en tombant du ciel. Cette image du robot menaçant fait peu à peu place à l’image d’un protecteur lorsqu’il tente d’aider Sheeta en haut de la tour. Et cette image du robot protecteur se poursuit à l’arrivée sur Laputa, lors de la rencontre des deux enfants avec le « robot jardinier ». Le geste qu’il fait pour sauver les œufs est d’ailleurs particulièrement révèlateur, Il incarne le symbole de l’utilisation la plus noble possible de la technologie : protéger la vie.

Le robot jardinier de Laputa

La technologie n’est plus comme dans Nausicaä une histoire de guerre ou d’industrie mais elle apparaît comme un objet de fascination, surtout dans les propos de Pazu : « Une automobile c’est vraiment génial ! », « Les machines volantes font des progrès incroyables de nos jours ». L’enfant y voit le jeu, la découverte alors que l’adulte y voit le pouvoir et la fortune sans jamais mesurer les conséquences de leurs actes. Ce rêve de puissance apparaît sous les traits de Muska qui incarne tout ce que l’humanité a de plus vil et par l’image des militaires sans foi qui pillent tout sur leur passage en arrivant sur Laputa. La référence à Swift et aux Voyages de Gulliver est, par ailleurs, explicitement annoncée dans le film : Pazu à Sheeta : « Regarde, dans Les Voyages de Gulliver, Swift a décrit un pays imaginaire, une île volante qui s’appelle Laputa. » En effet, dans l’œuvre de Swift, Laputa est une île volante où les hommes, en abusant de la philosophie spéculative, ont perdu tout sens commun. Swift critique également dans ce passage des Voyages de Gulliver, les scientifiques qui veulent faire profiter le peuple de leurs innovations, contre son gré parfois, et qui ne voient pas que, bien souvent, leurs innovations conduisent les hommes à leur perte. Source  

Finalement, Laputa peut apparaître comme une métaphore de notre société. La place grandissante faite à la technologie nous éloigne petit à petit de la terre, du sol sur lequel nous vivons et de la nature. Et en effet, Laputa, est une cité volante construite par des hommes dans le but d’échapper aux conflits présents à la surface de la terre et qui, la dotant  d’un incroyable arsenal de guerre, sont devenus les maîtres du monde. Pourtant, sept siècles plus tard, les Laputiens ont désertés leur île pour retrouver la terre ferme; Sheeta l’explique :  « Pourquoi Laputa a été détruite ? Je ne le sais que trop bien : Il y a une chanson dans la vallée de Gondoa qui dit: « Il nous faut des racines dans la Terre. Vivons avec le vent. Avec les semences, fertilisons l’hiver. Avec les oiseaux, chantons le printemps ». Qu’importe le nombre d’armes que vous ayez, ou combien de pauvres robots vous utiliserez, vous ne pourrez pas vivre séparé de la terre nourricière! » “Personne ne peut survivre loin de la terre”.

Le film de Miyazaki donne une place importante à la nature, elle est finalement ce qui demeure lorsque toute humanité à disparu. Dans le film, le symbole de la cohabitation du robot avec la faune et la flore qui ont envahi Laputa est particulièrement fort. Le robot, image même de la technique, vivant en paix dans cette nature indomptable peut montrer que peut importe à quel point la technologie se développe et devient de plus en plus performante, la nature continue d’exister, et ne disparaîtra jamais. L’arbre géant de Laputa qui demeure même après l’explosion de l’île est le symbole même de cette force régénératrice de la nature.

L’arbre géant de Laputa

Le Château dans le Ciel n’est pas un film contre la technologie  car il montre qu’elle n’a pas que des travers mais contre la foi  que l’humanité peut avoir en elle ; et c’est cette foi qui est destructrice. La technique ne peut résoudre tous les problèmes et surtout, elle ne peut se substituer au lien originel que l’homme a avec la nature. Et comme le montre la légende de Laputa, vivre dans un monde composé uniquement de technologie ne peut durer qu’un temps, la nature retrouve toujours ses droits. Néanmoins, à ce triste tableau qui semble dépeindre ce que l’avenir pourrait nous réserver si notre fascination pour la technique ne diminue pas, s’ajoute une note d’espoir à travers les personnages de Pazu et Sheeta. Les deux enfants représentent les générations futures, qui, dans l’idéal, seraient détachées de cette confiance aveugle en la technologie, plus proches de la nature et certainement plus respectueuses de l’environnement.

Pazu et Sheeta

Source 

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Princesse Mononoké : le combat entre Nature et technique

princesse-mononoke-affiche

Synopsis

L’histoire de Princesse Mononoké se déroule au Japon, durant l’ère Muromachi (1333-1568).  A cette époque, le pays est encore sauvage et couvert de forêts profondes, mais les progrès techniques bouleversent déjà l’équilibre écologique. L’ordre hiérarchique en place depuis des millénaires commence à s’effondrer.

Au nord de l’Archipel vit une tribu pacifique, les Emishi, dont le futur chef est le jeune prince Ashitaka. Le destin de ce dernier se trouve bouleversé lorsqu’un jour, un sanglier sauvage possédé par une divinité néfaste attaque son village. Obligé de mettre à mort la bête rendue folle par les démons, Ashitaka est blessé au bras et frappé d’une malédiction qui doit inévitablement entraîner sa mort.

Sur les conseils de la grande prêtresse, il quitte donc les siens et part vers l’Orient à la recherche du dieu-cerf qui, seul, pourrait le défaire du sortilège.Au bout d’un long voyage semé d’embûches, Ashitaka tombe enfin sur le vil-lage des Tatara, une communauté de forgerons dirigée par Lady Eboshi, une femme à poigne de fer. Retranchée dans sa forteresse, cette dernière accueille les femmes perdues et les paysans sans terre, qu’elle défend contre la nature et les clans voisins qui rêvent de l’anéantir. Mais Eboshi est également la cible de San, une jeune fille sauvage élevée par des loups, qui reproche aux Tatara de détruire la forêt dans le but d’alimenter leur forge en bois de combustion et d’étendre leur domaine. (source)

« Nous sommes venus tuer les humains pour sauver la forêt »


« C’était il y a bien longtemps, dans une contrée lointaine, jadis recouverte de forêt. En ce temps là l’esprit de la Nature veillait sur le monde sous la forme d’animaux gigantesques, Hommes et bêtes vivaient en harmonie. Mais les siècles passant l’équilibre se modifia, les rares forêts que l’Homme n’avait pas saccagées furent alors protégées par des animaux immenses qui obéissaient au grand esprit de la forêt. C’était le temps des dieux et le temps des démons. »

C’est sur ces mots que débute l’histoire de Princesse Mononoké. A partir de ces propos et de la suite du film, on peut annoncer la technique comme élément perturbateur de l’ordre établi et vecteur de violence. On retrouve d’ailleurs beaucoup plus de violence (feu, sang, membres tranchés, monstres…) que d’habitude dans cette fiction d’Hayao Miyazaki.

En effet, l’homme chercherait à dominer la Nature par la technique et ce pour servir ses propres intérêts. Il veut le pouvoir, la domination et est prêt à tout pour y parvenir.

« c’est le propre de l’homme de vouloir posséder tout ce qu’il y a entre ciel et terre » (le bonze).

Pour Descartes dans son Discours de la méthode, la science (et donc les techniques qui en découlent) doit nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature », le savoir doit nous permettre de pouvoir. La technique est là pour faciliter la vie de l’Homme, améliorer ses conditions de vie (santé, longévité), être le dominant et non pas le dominé. On considère alors la Nature comme une bête hostile, qu’il faut dresser, assujettir, pour pouvoir vivre plus sereinement. Effectivement, l’Homme est à la base un être « inférieur » si l’on en croit le mythe de Prométhée car contrairement aux autres espèces, l’Homme n’est pas équipé naturellement pour vivre dans la Nature. Par exemple il ne dispose pas de griffes, de fourrure, d’une ouïe fine ou d’une vue perçante qui lui permettrait de s’adapter à son milieu et de survivre. Il a fallu attendre qu’on lui fasse don du feu, et par celui-ci l’intelligence technicienne pour qu’il puisse prétendre à dominer la Nature.

Au fur et à mesure du développement de sa technique, l’Homme aurait rompu un équilibre, « l’équilibre naturel ». C’est ce que cherche à nous faire comprendre l’écologie, comme on peut le voir à travers le film HOME de Yann-Arthus Bertrand.

D’ailleurs dans Princesse Mononoké, Ashitaka cherche à retrouver « l’équilibre naturel ». Dans la situation initiale, tout le monde vivait sereinement jusqu’à ce que les Hommes aient soif de plus et commencent à détruire la Nature. Ici, ce sont des forges qui sont mises en cause. Le petit village des forgerons a besoin de plus de bois, et surtout d’extraire plus de minerai de fer afin de fabriquer des arquebuses. Paradoxe, les Hommes détruisent alors la Nature pour construire des armes et se détruire entre eux. Cela sous-entend que le développement technique mène surtout à la haine, la violence, la guerre à cause d’une soif de pouvoir et de conquête toujours plus grande qui finalement se retourne contre l’Homme, comme avec la bombe atomique.

arquebusiers

Les arquebusiers.

Mais la Nature, souvent perçue comme une instance supérieure (par exemple appelée « dame Nature »), exprime sa colère une fois blessée, comme si elle se défendait.

On peut transposer cela au présent, dans notre réalité où le progrès technique nous a menés à utiliser des outils polluants, causant alors, entre autres, l’effet de serre et donc le réchauffement climatique. Cette pollution entraîne des catastrophes naturelles (traduites en rébellions de la Nature) et détruit les écosystèmes. Les animaux s’adaptent à leur milieu, mais jusqu’à quel point ? Le réchauffement climatique et l’amoindrissement de leurs ressources, conséquences de l’empiétement de l’Homme sur leur territoire, causent la raréfaction voire la disparition de certaines espèces. On retrouve cette menace lorsque Okoto, le dieu sanglier dit : « chaque année nous devenons plus petits et plus bêtes, à cette allure là bientôt nous ne serons plus que gibier pour les humains ». Il constate une dégénérescence, les animaux sont plus petits et plus bêtes puisqu’ils possèdent moins de territoire, donc un terrain de chasse tronqué, ce qui à terme peut bouleverser la chaîne alimentaire. Ce danger est déjà bien présent dans la réalité comme le font remarquer certains scientifiques. Plusieurs espèces ont déjà vu leur taille s’amoindrir alors que d’autres ne sont pas touchées, les causes exactes sont toujours floues, bien que le réchauffement climatique et l’augmentation du taux de CO² dans l’atmosphère soient forcément mis en cause (source). 

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