Larme Ultime – Le dernier chant d’amour sur cette petite planète.

Saishū heiki kanojo (最終兵器彼女) – Larme Ultime

Synopsis : Shûji et Chisé fréquentent la même école dans une petite ville d’Hokkaido. Malgré sa grande timidité, Chisé trouve un jour le courage d’avouer ses sentiments à Shûji et ils finissent par sortir ensemble. Mais leur maladroite et touchante histoire d’amour va prendre une tournure inattendue lorsque le pays se retrouve en guerre et que Shûji découvre que l’armée a transformé sa petite amie en une arme de destruction massive.

La technologie telle qu’on la connait aujourd’hui est indisponible : ni les téléphones portables ni internet ne sont utilisables. Le seul lien avec le monde extérieur passe par la TV. Shûji et Chisé décident de sortir ensemble et s’écrivent un journal.

L’armée est omniprésente dans la série, dès le premier épisode Shûji et Chisé croisent deux camions militaires en se rendant en cours. Alors qu’ils se reposent sur le toit de leur lycée, Shûji et ses amis voient des F2 passer dans le ciel. Faute de technologie, Take évoque les rumeurs qu’il a entendu : d’après elle Osaka et Tokyo sont en danger.

Sapporo est bombardée alors que Shûji et ses amis vont faire les boutiques. Chisé n’est pas venu au rendez-vous de Shûji. On apprend que Chisé est en fait l’Arme Ultime et détruis une grande partie des avions ennemis avant de s’écraser. Shûji la retrouve et l’enlace malgré son apparence robotique. Elle n’était déjà plus vraiment humaine.

Face à une menace ennemie de grande envergure, le Japon décide ici de créer « l’Arme Ultime » une arme indestructible, omnisciente et hyper efficace. Cette arme fait écho aux travaux de Von Neumann qui avec l’élaboration de système SAGE qui se veut intelligent cherchait à actualisé, comparer et produire une information, une communication. Ce concept d’omniscience est repris pour Chise et couplé à une arme de destruction massive.

« Quand j’ai enlacé Chisé ce jour-là, son cœur … ne battait pas. »

Une semaine s’est écoulée depuis le bombardement de Sapporo. 47800 morts. 66300 disparus. Take a péri dans le bombardement.

Chisé ne comprend pas pourquoi elle a été choisie pour être l’Arme Ultime et en parle dans son journal qu’elle tient avec Shûji. Elle se demande si c’est une punition. Elle n’a pas le droit d’en parler, c’est un secret. Chisé grandit de plus en plus au fur et à mesure qu’elle combat.

Chisé devient de plus en plus précise et détecte la présence d’appareils qui la surveillent pour la détruire. Ses indications sont de plus en plus précises : « Là, à une heure à 300 m environ. » – « Position actuelle de l’ennemi : 43° 11’14.8 Nord ; 140° 59’45.1 Est ». Chisé détruit les appareils qui la traquaient, elle doit faire face aux horreurs de la guerre alors qu’elle n’est qu’une adolescente. Elle a entre ses mains le destin des ennemis. Elle est dépassée par tous ces événements. « Les armes qui ne tuent pas n’existent pas Shû-chan. Est-ce qu’il vaudrait mieux que je meure ? »

Cette exactitude dans les messages que Chisé transmet fait référence au « pilotage des messages et à leur efficacité » comme l’indique Wiener dans sa théorie de la cybernétique. Tout est automatisé, elle analyse les trajectoires des ennemis et de leurs missiles et prévoit leur déplacements comme dans le système de DCA que Wiener aura proposé avec Rosenblueth et Bigelow qui pouvait prévoir la trajectoire d’un avion et le comportement d’un pilote.

Alors que Chisé et Shûji veulent fuir, Chisé reçoit un message sur le bipper que lui a confié l’armée. Elle se rend à Osaka et ne se rend pas au rendez-vous que Shûji lui a donné à la gare. Elle est endommagée lors de ce combat.

« Mon corps ne redeviendra pas comme avant. Pour être précise il ne le peut plus. Le jour où tu as parlé de fuir, le jour où je n’ai pas tenu ma promesse, j’ai été cassée. Le mécanicien qui m’a réparée m’a dit que je ne guérirai jamais. »

Chisé perd de plus en plus de son humanité. Elle oscille entre arme et humaine. Shûji s’interroge sur ce qu’elle va devenir : « Chisé était en fait tristement froide au contact. » – « A quel point était-elle encore humaine ? ». Chisé n’est pas infaillible : « En tant que machine j’ai besoin de maintenance. En tant qu’humaine j’ai besoin de médicaments. »

Alors que Chisé se rend à un rendez-vous avec Shûji, les soldats de sa section sont tous tués à l’exception de Tetsu. Alors qu’elle se demande où est Shûji, elle se connecte automatiquement à un satellite et le repère chez son amour de collège qui était son aînée.

Les événements se bousculent : un tremblement de terre tue l’amie d’enfance de Shûji. Atsushi, un des amis de Shûji qui est parti à la guerre meurt alors que Chisé intervient sur le champ de bataille. Tetsu meurt sur un assaut des ennemis.

On voit ici les limites de l’intelligence artificielle envisagée par Alan Turing. Est-ce qu’une machine dotée de conscience n’est pas au final capable de détruire l’humanité pour le « bien » du reste du monde. La réflexion de Shin Takashi dans l’Arme Ultime rappelle également le film l’Odyssée de l’Espace où l’instance robotique veut éliminer l’humain, imparfait.

Suite à ça, Chisé et Shûji se retrouvent et décident de fuir. Chisé n’en a plus pour très longtemps : les médicaments qui la maintiennent sous forme humaine sont rares et ce sont les derniers qui sont confiés à Shûji. Ils se réfugient dans une ville portuaire et un bombardement a lieu 15 jours après leur arrivée. Shûji empêche Chisé de combattre en l’enlaçant ce qui la ramène à la raison.

Au même titre que plus tôt dans l’article, Chisé « s’automatise » de plus en plus, et en référence à la théorie de la cybernétique de Wiener, elle devient de plus en plus incontrôlable et se guide toute seule.

« Chisé n’a plus de voix. J’entends Chisé vivre »

Tout est dévasté, il ne reste que des ruines de la ville. Après avoir pris ses derniers médicaments, Chisé perd peu à peu son humanité. Elle arrête d’écrire dans le journal, elle perd sa voix, et fait des « crises » où l’arme tente de prendre le dessus sur l’humaine. Finalement Shûji se décide à rendre Chisé à l’armée.

Elle a tout oublié, mais s’est programmée pour déposer les journaux qu’elle a rédigé à l’endroit où elle et Shûji se sont embrassés la première fois. Alors qu’il retrouve les journaux et les lis, Shûji est observé par l’arme Chisé. « J’ai écouté la voix muette de Chisé me raconter la fin de l’Humanité ». Elle avait consigné tout ce qu’elle a pu voir lors de la guerre dans ces journaux, et y raconte comment la Terre va disparaître.

Shûji et Chisé affrontent la fin du monde ensemble.

« Le dernier son vibrant sur Terre c’était, pour moi, un battement de cœur de Chisé »

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Pompoko,  » Exister, c’est résister « 

 »Tout progrès technique se paye  » /  »Le progrès technique soulève à chaque étape plus de problèmes qu’il n’en résout  »

 »Les effets néfastes du progrès technique sont inséparables des effets favorables  »/  »Tout progrès technique comporte un grand nombre d’effets imprévisibles  »

Voici les 4 premières parties du chapitre 1 tiré du livre  » Le bluff technologique  » de Jacques Ellul publié en 1988. Professeur d’histoire du droit, sociologue français et théologien protestant. Il est né 1912 et mort en 1994 dans l’agglomération bordelaise où il a vécu durant la majeure partie de sa vie. Il est surtout connu comme penseur de la technique et de l’aliénation au xxe siècle et est  l’auteur d’une soixantaine de livres (la plupart traduits à l’étranger, notamment aux États-Unis et en Corée du Sud) et de plusieurs centaines d’articles. Par ailleurs, il est perçu comme l’un des pionniers de l’écologie politique avec Charbonneau comme dans cet article.

Sur ces quelques citations et notre fil conducteur mettant en lien technique et destruction, nous allons analyser comment le film Pompoko de Isao Takahata dénoncent la technique comme arme contre la Nature et l’environnement. Ce thème a souvent été repris dans beaucoup d’autres oeuvres du Studio Ghibli comme Nausicaä et Princesse Mononoke.
Synopsis : Jusqu’au milieu du XXe siècle, les tanukis, emprunts d’habitudes frivoles, partageaient aisément leur espace vital avec les paysans. Leur existence était douce et paisible. Mais le gouvernement amorce la construction de la ville nouvelle de Tama. On commence à détruire fermes et forêts. Leur habitat devenu trop étroit, les tanukis jadis prospères et pacifistes se font la guerre, l’enjeu étant de conserver son bout de territoire. Efforts dérisoires car la forêt continue de disparaître… Les humains, avec qui ils ont appris à cohabiter, font preuve d’un expansionnisme inexpliqué. Les chefs de clans coordonnent la riposte. Un plan est établi sur cinq ans : le temps pour les animaux d’étudier les humains et de réveiller leur pouvoir de transformation. Il va falloir tenter d’effrayer les humains en évoquant peurs et superstitions. Les solutions les plus farfelues sont expérimentées… Source : AlloCiné

La bande-annonce du film illustre bien l’enjeu du film en montrant dès les premières secondes la pelleteuse géante dévorant les deux flancs de la colline pour construire de nouveaux logements. Pompoko se base sur des faits réels concernant le développement urbain de Tokyo puisque c’est dans les années 60 que l’agglomération de Tokyo se développe le plus grâce à ces 10% de croissance économique en moyenne par an.

En parallèle au thème de la destruction de la Nature, on peut constater qu’une destruction des traditions s’opèrent aussi à travers cette histoire.

  • Technique et destruction de la Nature

Avec la croissance économique, la demande en logements explosa à Tokyo dans les années 60. Pour répondre à ce besoin croissant, Tokyo lança en 1967 le projet de la Nouvelle ville de Tama : 3 000hectares de construction pour 30 000 personnes. Ce plan d’urbanisation va entrainer une déforestation importante. Dans Pompoko, ce phénomène est illustré grâce à une métaphore visuelle : une feuille dévorée inexorablement par des pelleteuses comme des parasites ( extrait vidéo ).

Ce phénomène quasi universel qu’est l’agrandissement des villes, le  » gigantisme » dans le monde capitaliste se fait pour atteindre un but plus élevé : la croissance. Peu importe les conséquences comme l’anéantissement du territoire des tanukis, les répercussions sur leur mode de vie ( accouplement, nourriture, etc ) et les réactions en chaîne qui en découlent. Dans les mythes japonais, les tanukis sont des animaux magiques puisqu’ils maitrise le grand Art de la transformation pour la plupart.

Dès les premières 5 minutes du film ( extrait vidéo ), on entre dans le vif du sujet. Les tanukis constatent avec stupeur que la montagne a été rasée et qu’ils vont devoir s’adapter pour survivre et/ou lutter pour préserver leur territoire ! On remarque que tout au long du film, la technique destructrice est symbolisée matériellement par la violence des pelleteuses sur le chantier.

Malgré le fait qu’ils soient pacifistes, les esprits de la nature décident de s’unir pour lutter contre les Hommes afin de préserver la forêt et leur peuple. Au début du film, on voit une guerre  entre les différents clans des tanukis mais dès qu’ils découvrent l’ampleur des dégâts réalisés par les Hommes, ils décident de lutter ensemble. Cependant, cette lutte est vaine car il s’agit d’un combat déséquilibré : la technique face à la nature.

La déforestation et la disparition de la montagne ne sont pas les seules conséquences comme évoquées précédemment. En effet, un tanuki habitant dans la forêt de Fujino cherche à comprendre d’où vient la terre polluée qui est déversée tous les jours dans leur rivière. En remontant jusqu’à la source, il comprend qu’il s’agit des travaux réalisés à plusieurs km de la forêt. On remarque avec cet exemple que tout est lié, nous vivons dans un éco-système et chaque acte de l’Homme a des conséquences beaucoup plus importantes que ce qu’il ne peut constater par lui-même au moment où il commet cet acte. Cette réaction en chaîne suggère le phénomène de l’effet papillon : une infime variation d’un élément peut s’amplifier progressivement, jusqu’à provoquer des changements énormes au bout d’un certain temps. Ce phénomène a d’abord été mis en avant pour la météorologie mais peut s’appliquer aussi à la société.

Si on se pose la question qui est le responsable de cette destruction contre la nature, que répondriez-vous ? Le capitalisme, les ouvriers, les promoteurs immobiliers, les politiques…tout le monde et personne à la fois comme l’explique Jacques Ellul dans cette vidéo sur le système technicien avec l’exemple d’un barrage qui cède. Les hommes sur le chantier ne se posent pas de questions, ils pensent surement à faire leur travail du mieux qu’ils peuvent et à régler des problèmes techniques comme l’explique Jacques Ellul dans cette interview. On ne se soucie que de notre tâche sans avoir une vision globale des conséquences directes et indirectes de nos actes car nous vivons dans un monde fragmenté. Par conséquent, la technique peut rendre l’Homme irresponsable s’il oublie le système global dans lequel il est et n’envisage pas les conséquences à court, moyen et long terme de ses actes.

  • Technique et destruction des traditions, valeurs

Comment est-ce que la Technique et les traditions pourraient cohabiter ensemble dans un même univers ? La Technique fait appel à la rationalité, au monde scientifique, elle se présente comme un avenir meilleur alors que la Tradition se base sur une pensée animiste, des croyances du passé, des coutumes sans prétendre à un progrès mais seulement à la préservation de valeurs.


Dans Pompoko, les tanukis utilisent la télévision pour se tenir informer des événements et tentent de faire prendre conscience aux Hommes l’importance des traditions via ce moyen de communication moderne via des journalistes qui souhaitent les interviewer. Ils souhaitent que la pensée animiste survive malgré l’évolution de la société, l’urbanisation et la recherche de rationalité par le monde scientifique. Cependant les Hommes sont complètement aveuglés par leur développement économique et urbain. Un créateur de parc d’attraction s’approprie même les illusions réalisés par les tanukis pour faire la promotion de son parc. On remarque là une critique des Hommes, toujours avide de succès, de richesse et qui oublient les valeurs essentielles comme le respect, la solidarité, les traditions, etc.

Dans les films d’animation japonais, les univers shintoïste et bouddhiste sont très explorés et de nombreux dieux, esprits sont représentés par des personnages. On ressent cette volonté d’allier nouvelles technologies tout en préservant une part de sacré.

Les tanukis font appel au sacré aussi pour faire peur aux hommes et faire croire que le lieu est hanté : fantômes, esprits, apparitions, etc. Mais malgré tous leurs efforts et l’aide des sages, les tanukis ne trouvent pas de solution pour préserver leur territoire et leurs traditions. La seule solution pour qu’ils survivent est de vivre dans le monde des Hommes en laissant les plus faibles qui ne peuvent pas se transformer. D’autres animaux polymorphes l’ont déjà fait comme les renards ( kitsune ) et ils conseillent aux tanukis de faire pareil. Cependant pour vivre en homme, il faut faire face aux réalités du capitalisme et trouver de l’argent pour survivre. À part le travail, les autres valeurs qu’ont connu les tanukis semblent bien loin dans le monde des Hommes.


Par ailleurs, ce qui me semble intéressant est de relier cela à ce que dit Jacques Ellul dans la seconde partie du système technicien. Il parle de l’abandon des traditions du Moyen-Âge avec les préceptes religieux qui obligeaient les Hommes à ne pas utiliser certains outils technique pour labourer la Terre. Les croyances religieuses permettaient un respect de la Nature et des traditions. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, ces valeurs ont disparues et avec elles le respect de coutumes qui nous permettait de préserver notre environnement sur le long terme. À partir du 15ème siècle il y a eu une remise en question des traditions par des découvertes scientifiques. De plus, la mondialisation et le capitalisme accentuent cela en définissant la technique comme élément de croissance, de développement pour les sociétés. Une course s’opère entre les différents pays et l’on a plus du tout de recul par rapport à la technique, à ses conséquences, son utilité. Le leitmotiv actuel est d’inventer de nouvelles technologies pour exister, avancer et concurrencer les autres.

Pour conclure, les tanukis tentent de s’adapter à ce nouveau monde comme ils peuvent soit sous forme humaine soit en restant sous leur apparence de tanukis. Dès qu’ils le peuvent, ils se retrouvent pour partager des moments de fête et préserver leurs coutumes tant bien que mal. La citation de Jacques Ellul  » Exister, c’est résister  » illustre bien à mon avis le combat perpétuel des tanukis à travers ce film.

Nausicaä, la dystopie de la technique

« Il ne suffit pas de changer le monde. En tout cas et d’ailleurs, nous le faisons sans que nous y soyons pour quelque chose. Nous devons interpréter ce changement, et le faire bien, pour le changer. Afin que le monde ne se change pas davantage sans nous et ne finisse pas par devenir un monde sans nous. » ANDERS, 1980, II, épigraphe.

Cette citation de Günther Anders me paraît très intéressante pour débuter notre réflexion sur la technique dans l’oeuvre du réalisateur Miyazaki. Günther Anders est un penseur et essayiste allemand, né en 1902 à Breslau et mort à Vienne en 1992. Il est surtout connu comme critique du développement de l’industrie nucléaire et sa réflexion sur le sens des techniques nouvelles de la guerre, qui menacent l’avenir de l’espèce humaine et de la Terre.

Tout au long de notre réflexion sur le film Nausicaä et sur les autres oeuvres qui seront analysées sur ce blog, nous allons nous interroger sur le lien entre technique et destruction. En quoi les artistes japonais, et le Studio Ghibli en particulier, présentent la technique comme une puissance destructrice ?

Pour comprendre notre réflexion sur le film Nausicaä réalisé par Hayao Miyazaki en 1984, revenons sur l’histoire de cette oeuvre.

Synopsis  : Mille ans après « les sept jours de feu » et l’effondrement de la grande civilisation industrielle, se répand sur les terres désolées le Fukaï : une forêt toxique peuplée d’insectes géants. L’étendue du Fukaï menace l’existence des survivants de la race humaine. La Vallée du Vent est un petit royaume protégé tant bien que mal des pollutions de la forêt par un vent marin. Sa princesse, Nausicaä, est une jeune fille caractérisée par une forte empathie pour toute forme de vie. Elle dédie son existence au bien-être de son peuple et cherche à comprendre le Fukaï. Un jour pourtant, la vie paisible de la Vallée va basculer dans le chaos… Source : Buta-Connection.net

Vous pouvez également découvrir la bande-annonce du film sur dailymotion et un résumé de l’histoire ici. Il faut savoir que Nausicaä de la vallée du vent est une bande dessinée et l’histoire développée est plus longue et plus complexe que dans le film d’animation.

La réflexion sur la technique est omniprésente dans ce film et nous allons l’analyser sous deux angles. Dans un premier temps, nous verrons en quoi la technique est source de destruction de la Nature puis dans un second temps, comment la technique conduit à la guerre et à la destruction des civilisations. Enfin, nous verrons en quoi le personnage de Nausicaä est une vision idéale de l’humain pour Miyazaki.

Technique et destruction de la Nature

Mille ans avant auparavant, la société industrielle a été anéantie par les Dieux Guerriers ont détruits le Monde durant les 7 jours de feux. C’est l’impact de la civilisation industrielle sur la Nature qui a conduit au chaos et à la naissance d’une nouvelle ère avec le Fukaï. Le Fukaï est la forêt toxique qui s’est développée sur la forêt saine et les spores menacent tous les peuples de la planète car si on les respire on peut en mourir.  On comprend alors qu’il y a eu un passage d’une ère industrielle et prospère à une ère polluée et dangereuse pour l’Homme.

Selon moi, les Dieux Guerriers représentent une sanction de la Nature contre les Hommes à cause de leur utilisation intensive de la Technique sans se soucier des conséquences. L’exploitation de la Terre pour augmenter la richesse a conduit le Monde à sa perte. C’est un peu une morale, un avertissement pour le monde actuel dans lequel nous vivons.

Mille ans après, les Hommes ont réussi à s’adapter à ce nouveau monde cependant les êtres vivants de cette forêt toxique, plantes et insectes, sont détestés par la majorité des peuples car ils sont synomynes de mort. Pour survivre, les humains sont contraints de porter des masques dans de nombreux endroits pour éviter de respirer des spores. Ils ont oublié que c’est à cause des erreurs du passé que le Fukaï est apparu. À présent, les Hommes sont tournés vers le futur et veulent à nouveau détruire la forêt pour pouvoir se développer.

J’aimerais faire un parallèle ici avec les centrales nucléaires et les catastrophes comme Tchernobyl et Fukushima. Malgré le fait que l’Homme ait connu des catastrophes importantes avec cette technologie et que nous soyons dans une société du risque comme l’explique Ulrich Beck, nous continuons dans cette voie. « Tous dans l’avion du nucléaire et la piste d’atterrissage n’est pas construite » -, Ulrich Beck utilise cette image pour parler du nucléaire, technologie que l’Homme ne contrôlera jamais totalement.

Le seul espoir d’une nouvelle ère pour les Hommes est lié à une prophétie : Vêtu d’une robe bleu, il descendra d’un champ d’or pour restaurer une fois encore l’alliance perdu avec la Nature et guider les hommes vers un monde de bonheur et de pureté. 

Le lien entre les Hommes et la Nature est indispensable pour le bonheur et le développement des civilisations. Nous ne pouvons pas survivre sans la Nature mais l’inverse est possible comme l’explique G. Anders dans la citation débutant cet article.

Par ailleurs, Nausicaä est la princesse du peuple de la Vallée du vent. Ce peuple vit en harmonie avec la Nature et est justement protégée par celle-ci. En effet, ce peuple est protégé grâce au vent et à la situation géographique de leur village. C’est un peu comme si cette civilisation méritait la protection contre le Fukaï grâce à leur mode de vie et leurs valeurs alors que d’autres peuples sont menacées soit par la Grande marée des Oomus et/ou par les spores toxiques.

Technique, Guerre et Civilisation

Tout au long du film, la technique est un outil de destruction entre les Hommes pour la conquête du pouvoir. Le peuple Pejitei découvre un des Dieu Guerrier, enfuit depuis mille ans sous terre. Il souhaite utiliser cette technologie, cette arme de destruction pour se défendre contre les autres peuples, voire les dominer et détruire le Fukaï. Cependant, cette arme va susciter des convoitises et le peuple Pejitei va être attaquée par une civilisation plus forte : les Torumekian. L’armée Torumekiane va écraser les Pejitei afin de détenir cette technologie de guerre.

On observe ici que la technique est un moyen pour acquérir une technologie devastatrice : le Dieu Guerrier. Le peuple Torumekian et surtout Kushana, fille de l’empereur souhaite reformer ce Dieu pour détruire la mer de décomposition. Cependant, si la mer en décomposition est attaquée, tous les insectes et les Oomus répliqueront ce qui entrainera la fin des Hommes. Peu importe les conséquences et si cela entraine la destruction de la Terre, Kushana aspire à une nouvelle ère et pense que les Hommes pourront à nouveau s’adapter. Il y a toujours la théorie qu’un monde meilleur n’est possible qu’en passant par un processus de destruction et de renaissance par la suite.

Les Hommes ne sont pas toujours divisés et en guerre durant l’histoire. Ils sont obligés de s’unir face au Fukaï, aux Oomus et aux insectes géants. Les techniques de lutte sont diverses : lance flamme pour tuer les spores, chars, avions de combats, etc. La technique a quasiment toujours pour but d’entrainer la destruction de quelque chose dans l’univers des Hommes alors que Nausicaä l’utilise au contraire pour dialoguer et sauver la Terre et la Nature. En effet, grâce à son planeur elle est aller de peuple en peuple pour les convaincre qu’une autre solution est possible.

Au-delà de la destruction de la Nature, un autre enjeu est au coeur de ce manga : la survie de la civilisation. Plus la forêt s’étend, plus la civilisation se réduit, et c’est l’Homme qui est toujours à l’origine du développement de la mer de Décomposition par ses actes irresponsables. Les humains ne comprennent pas qu’un équilibre est nécessaire car ils sont liés au milieu dans lequel ils vivent.

Nausicaä : La vision idéale de l’Homme

 » L’empathie sauvera le monde « . Voilà ce qui est inscrit dans la Gare de Strasbourg sur une affiche géante. Je n’ai jamais cherché à comprendre d’où venait ce message mais je trouve que cette phrase illustre parfaitement l’esprit de Nausicaä.

 « Ce qui fait la complexité de Nausicaä, c’est justement cette responsabilité qui pèse sur ses épaules. L’ensemble de ses actes concerne en première priorité l’avenir et l’intérêt de son clan, si petit soit-il, tandis que ses aspirations personnelles sont reléguées à l’arrière-plan. Il s’agit véritablement d’une forme d’aliénation, ni plus ni moins. L’envie m’était donc venue de me focaliser sur les tiraillements de cette jeune fille privée de sa liberté. (…) C’est sans doute de là que vient Nausicaä. »* explique Miyazaki.

Pour faire un portrait rapide de Nausicaä en quelques mots : fraicheur, innocence, curiosité, intelligence et combativité. Elle possède un don, celui de pouvoir communiquer avec les Oomus, les rois-insecte en japonais. Par ailleurs, elle maitrise sa technologie avec son planeur qui fonctionne en partie grâce au vent. Aujourd’hui, pouvons-nous vraiment dire que nous maitrisons toutes les technologies que nous utilisons ? Je ne le pense pas.

De plus, Nausicaä vit en totale harmonie avec les éléments de la Nature et surtout avec le vent. Pour sauver son peuple et la Terre, elle est prête au don de soi ultime : sa vie.

Pour aller plus loin, je vois dans ce personnage une critique de l’individualisme qui se développe dans les sociétés capitalistes. On constate de plus en plus une désolidarisation entre les individus ce qui nous empêche de trouver des solutions face aux enjeux actuels qu’ils soient politique, social, économique et écologique.